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Le syndrome NIMBY

Le syndrome NIMBY (not in my back yard) se définit comme une attitude d’opposition d’une population locale vis-à-vis d’un projet lorsque celui-ci est susceptible de comporter certaines nuisances ou modifications, réelles ou supposées, au cadre de vie.

Apparu dans les années soixante aux Etats-Unis, ce syndrome est révélateur des conflits de localisation qui se sont développés au fur et à mesure que s’accroissait la prise de conscience environnementale. De ce fait, les conflits de type NIMBY sont susceptibles de concerner tous les projets qui ont un impact quelconque sur l’environnement. Si le NIMBY correspond à un cas particulier de conflit de localisation, le syndrome NIMBY peut être considéré comme la dénomination générique de l’ensemble de ces formes de conflits qui sont plus ou moins radicaux et qui donc peuvent plus ou moins déboucher sur certaines formes d’acceptation conditionnées ou au contraire des rejets définitifs des projets.

Le syndrome NIMBY se développe en relation avec un certain nombre d’évolutions sociétales pour aboutir, lui-même, à fonder un fait de société. Il pose directement la question de la confiance des populations dans les autorités politiques ou scientifiques tout en démontrant la capacité croissante de cette population à comprendre l’environnement (au double sens du terme) dans lequel elle se trouve. Par ailleurs, le syndrome NIMBY est aussi lié à ‘ampleur croissante des projets comme, finalement, à l’apparition de risques nouveaux, d’autant plus redoutés qu’ils sont (très) peu perceptibles.

Le syndrome NIMBY est souvent présenté comme une manifestation d’égoïsme. Pourtant, sa portée est plus large et lui donne un réel statut de « fait de société » qui se conjugue avec une difficulté croissante à déterminer l’intérêt général. De ce fait, le syndrome NIMBY revient non seulement à contester un projet mais aussi à contester le mode de prise de décision qui a conduit à ce projet. En ce sens, le syndrome NIMBY est une sorte de révélateur d’une évolution politique de la société dans laquelle le citoyen est de plus en plus exigeant et refuse d’être placé devant le fait accompli. Le syndrome NIMBY est une demande de démocratisation mais il exprime aussi une demande de compensation.

En tant que demande de compensation, le syndrome de NIMBY conduit à négocier les conditions dans lesquelles le projet contesté pourrait être accepté ; cette voie de résolution du conflit est celle qui s’inspire le plus de la vision « égoïste » du syndrome. Mais, dans le même temps, le nimbyste peut être en capacité de monter en généralité si la collectivité (sous l’impulsion des autorités publiques) se donne les moyens de mettre en perspective le projet contesté. C’est dans cette logique que l’on cherchera à développer les pratiques de débat public et / ou de concertation.

Des exemples, notamment dans le cadre de la gestion des déchets (l’incinérateur Isséane du SYCTOM, notamment), montrent qu’il est possible d’éviter le développement d’un tel syndrome à l’occasion du renouvellement d’un équipement lourd, à la réputation particulièrement dégradée.

La logique de débat public vise à (r)établir des conditions de dialogue confiant entre les différents acteurs, parties prenantes du projet. Dans ce cadre, le rôle de la puissance publique est particulièrement important mais l’action doit être conduite par le maître d’ouvrage (qui se confond avec la puissance publique s’il s‘agit d’une collectivité ou de l’Etat, mais ce n’est pas toujours le cas).

L’observation des conflits montre que la logique du débat public peut prendre beaucoup de temps – elle doit donc être anticipée. Par ailleurs, on constate aussi que plus les conflits sont longs (et donc coûteux, à tous points de vue) plus ils ont un impact sur le projet – au point parfois de conduire à leur abandon. Les maîtres d’ouvrage porteurs de projets d’investissement impactant ont donc particulièrement intérêt non seulement à anticiper mais aussi à prendre les devant en créant eux-mêmes les scènes sur lesquelles la logique de débat pourra se déployer. Les débats publics de type CNDP permettent de progresser dans cette voie sans épuiser la question : des concertations peuvent (et souvent devraient) être organisées en amont et en aval du débat public lors que celui-ci est requis.

Cette logique de débat public peut être liée et articulée à la logique de compensation et elles peuvent se renforcer l’une l’autre. La logique d’acceptabilité, qui peut être présentée comme une variante de la logique de compensation – à long terme, notamment – consistera à entretenir des relations de coopération et de travail avec les parties prenantes tout au long de l’existence de l’équipement (pendant la phase projet et pendant la phase active). En ce sens, le management des parties prenantes permet d’articuler ces différentes logiques, sans pour autant les confondre, et offre ainsi un support robuste à la mise en œuvre d’une politique d’acceptabilité dont l’objectif peut être double : accroître l’acceptation en définissant mieux l’intérêt général et mettant en perspective l’intérêt de la majorité et celui de la minorité ; gérer et réduire l’égoïsme en intégrant le message dont il est porteur dans une vision citoyenne plus large.


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