Le mémoire que nous publions ci-dessous a été réalisé par Fanny Lacroix dans le cadre d’un stage effectué au sein de Res publica. Elle aborde et nourrit par sa pensée un grand nombre de sujets auxquels nous sommes confrontés dans l’exercice de notre travail. Croisant de manière dialogique raisonnements théoriques et observations empiriques, ce travail pointe les difficultés et enjeux principaux de la concertation : les conditions et motifs de l’implication des habitants dans les processus, la mobilisation et les motivations des élus à concerter, le rôle des experts dans la concertation, l’évaluation des démarches concertées…
Mais Fanny Lacroix va plus loin : en prenant position elle soulève pour nous des interrogations pertinentes à un moment de transition démocratique où le champ d’action de la concertation évolue vers différents possibles. Les points suivants, qui ont été levés par le travail de Fanny, constituent de réelles pistes encore non explorées dans la recherche sur la concertation.
Sa première interrogation est celle de la professionnalisation des métiers de la concertation dont elle observe la technicisation et les risques de standardisation. Mais ce phénomène interroge aussi la pratique même. S’il est important que la concertation soit guidée par un tiers, comment développer ses compétences et rester au service du débat sans se spécialiser dans des domaines d’intervention qui feraient des professionnels de la concertation des spécialistes parmi d’autres ? Comment garder une « capacité d’étonnement » et faire évoluer les pratiques éprouvées par l’expérience ?
Quand on comprend la complexité de l’exercice du débat public, qui est tout sauf linéaire, peut-on dispenser des formations clés en main à la concertation ? Est-il possible de « former » des agents, des acteurs de manière uniforme à des démarches que l’on cherche constamment à adapter aux spécificités et attentes locales ? L’acte de former des acteurs des territoires à un objet muable pose en soit un grand nombre de questions qui ont mené Res publica à proposer à ses clients des démarches « endo-formatives », de la sensibilisation à la concertation ou encore du coaching des acteurs pilotant la concertation. Toutes ces pistes mériteraient d’être étudiées comme réponses aux besoins grandissant exprimés par les collectivités en matière de professionnalisation dans le domaine de la concertation.
Alors que les rapports entre science et pouvoir évoluent et remettent en question « l’idéologie de la compétence », comment construire une symétrie nouvelle entre les savoirs experts et les savoirs d’usage des habitants, nécessaire dans l’exercice du débat public ? Le mémoire interpelle les risques d’« instrumentalisation » de la concertation et constate la difficile appropriation de ces processus par les élus. Comment mobiliser les décideurs pour qu’ils considèrent et construisent la concertation comme une aide à la décision et à l’appréciation de l’intérêt général ? La distanciation de la perception de la finalité d’une concertation entre les élus d’une part, les techniciens d’autre part et les professionnels au cours du processus est parfois réelle. En quoi cela constitue un risque pour les démarches ou un enrichissement pour les parties ?
Puis le mémoire de Fanny Lacroix explicite comment la confrontation de ses recherches et de ses observations a fait cheminer sa démarche d’évaluation. Confrontant des critères mûris à partir de la littérature mesurant la dynamique argumentative des processus à ceux du « débat sur le débat » (la dynamique conflictuelle), elle a ensuite intégré l’analyse de la progression des idées développée au sein de Res publica. Concluant sur la difficulté d’évaluer la « difficile alchimie de concertation », elle ouvre une réelle interrogation sur la possibilité et les conditions de l’évaluation de la concertation. L’observation si avisée soit-elle ne peut cependant pas suffire : ses réflexions nous invitent à encore chercher les moyens, outils et attitudes à adopter pour mieux comprendre et améliorer les processus de concertation.
Enfin, le mémoire se recentre sur la construction d’une réelle valeur ajoutée au projet concerté par l’implication de l’habitant. La notion de concernement par les dispositifs apparait comme clé de voute de ce travail de recherche. Fanny Lacroix ouvre des pistes de réflexions méthodologiques pour une meilleure implication de cette partie prenante singulière et la construction d’une véritable force de proposition.





